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Ce que votre prix dit de vous

Dernière mise à jour : il y a 1 jour

Le rapport à l'argent est souvent l'une des dimensions les plus négligées chez les entrepreneurs indépendants. À travers les travaux de Peter Koenig, Christian Junod et Martin Aylward, cet article explore comment vos croyances familiales et émotionnelles autour de l'argent façonnent vos tarifs, et comment en reprendre le pouvoir.



Il y a une scène que presque tout entrepreneur·e connaît : le moment de taper son tarif dans un devis. La main hésite. Le chiffre semble trop haut. On efface. On divise par deux. On justifie, on s'excuse presque.


Ce malaise n'a rien d'anodin. Il porte en lui quelque chose de bien plus profond : une histoire, un héritage, une relation à l'argent construite bien avant qu'on lance son activité.


Explorer sa relation à l'argent


Chaque décision financière porte une charge symbolique. Investir, épargner, dépenser, donner ou au contraire retenir, différer, minimiser ne sont jamais des actes purement rationnels. Ils révèlent nos valeurs conscientes, mais surtout nos loyautés inconscientes, transmises de génération en génération.


Dans certaines familles, l'argent était un sujet tabou, source de honte ou de conflit. Dans d'autres, il était synonyme de danger, d'instabilité, de trahison des origines. Certains ont grandi avec l'idée que gagner beaucoup était indécent, ou que demander une juste rémunération était une forme d'arrogance.


Ces messages, souvent non formulés, s'impriment pourtant dans notre façon de nous comporter avec l'argent. Et quand on entreprend, ils remontent à la surface, parfois violemment.


Trois penseurs, venus d'horizons très différents, éclairent chacun à leur façon cette relation complexe :


  1. Peter Koenig : les croyances fondatrices sur d'où vient notre sécurité

  2. Christian Junod : l'argent comme miroir de notre identité profonde

  3. Martin Aylward : la pleine conscience appliquée à notre rapport à l'argent


Peter Koenig : d'où vient votre sentiment de sécurité ?

Chercheur et coach, auteur de travaux sur l'argent et le pouvoir


Peter Koenig a consacré des décennies à explorer la dimension psychologique et symbolique de l'argent. Pour lui, notre rapport à l'argent est indissociable de notre rapport au pouvoir, à la valeur de soi et à ce qu'il appelle notre source : la croyance fondamentale sur d'où vient notre sécurité.



Peter Koenig fait une distinction éclairante entre ceux qui voient l'argent comme une source de sécurité et qui organisent donc toute leur vie autour de sa préservation et ceux capables de vivre l'argent comme un flux, une énergie qui se reçoit et se donne, sans qu'on en soit prisonnier.


Pour Peter Koenig, nos projections sur l'argent créent notre réalité financière. Celui qui voit l'argent comme une source de survie aura tendance à sous-facturer par peur de perdre le client, à accepter des missions sous-payées par peur du vide, ou à différer indéfiniment une augmentation de ses tarifs.


Christian Junod : tarifs et estime de soi

Économiste et ancien banquier suisse, auteur de Ce que l'argent dit de vous


Fixer ses tarifs, c'est traverser un territoire intérieur souvent peu exploré. On croit faire un calcul. On fait en réalité un aveu sur ce qu'on pense valoir, sur ce qu'on s'autorise à recevoir, sur la place qu'on s'accorde dans le monde.


L'estime de soi et le prix qu'on demande sont intimement liés. Pas de façon mécanique (une haute estime de soi ne garantit pas des tarifs élevés), et l'inverse est tout aussi faux. Mais il existe une corrélation subtile : la facilité ou la difficulté à nommer un chiffre dit quelque chose de la façon dont on habite sa propre valeur.


Beaucoup d'entrepreneurs excellent dans leur métier, mais peinent à en faire la traduction financière. Ils produisent une valeur réelle, visible, mesurable, et pourtant, au moment de la nommer, quelque chose résiste.


La valeur qu'on se donne ne se construit pas dans le vide. Elle se forme dans le regard des autres — parents, professeurs, premiers employeurs — et dans les messages reçus, souvent très tôt, sur ce qu'on mérite. Tu en demandes trop. Sois raisonnable. Ne te mets pas en avant. Ces injonctions, une fois intégrées, deviennent des plafonds invisibles.


Junod le formule avec clarté : notre relation à l'argent touche aux fondamentaux de notre existence : la confiance, la sécurité, la liberté, mais aussi la honte et la culpabilité. Explorer sa relation à l'argent, c'est explorer la valeur qu'on s'accorde à soi-même.


Augmenter ses tarifs, dans ce contexte, n'est pas d'abord une décision commerciale. C'est dire : je reconnais la valeur de ce que j'apporte. Je m'autorise à en vivre dignement. Je ne me diminue plus pour rester acceptable.


Martin Aylward : écouter son corps face à l'argent

Enseignant de méditation et de dharma, ateliers Work, Sex, Money


Martin Aylward apporte une perspective complémentaire et précieuse : celle de la pleine conscience appliquée à l'argent. Dans ses ateliers, il invite les participants à observer non pas d'abord leurs pensées sur l'argent, mais les sensations corporelles qui surgissent dès qu'on l'évoque. La tension dans la gorge quand on annonce un tarif. La contraction dans le ventre à l'ouverture d'un relevé bancaire. Le souffle court avant une négociation.


Ce que le corps ressent précède et conditionne toute décision rationnelle. Apprendre à le nommer, c'est déjà commencer à se libérer de la réaction automatique.

S'inspirant de la spiritualité bouddhiste, Martin Aylward identifie trois attitudes toxiques - les trois poisons — qui se manifestent particulièrement dans notre rapport à l'argent :



Ce cadre est particulièrement éclairant pour les entrepreneurs qui se revendiquent d'une certaine spiritualité ou sensibilité. Car l'aversion à l'argent peut facilement se déguiser en vertu : se dire qu'on n'est "pas là pour l'argent", refuser de le regarder en face, idéaliser le détachement. Martin Aylward est direct là-dessus : ce n'est pas de la sagesse, c'est de l'évitement.


Vers une prospérité légère


Ces trois regards convergent vers une même invitation : sortir de la réaction automatique pour entrer dans une relation consciente à l'argent. Ni avidité, ni aversion, ni illusion, mais une présence lucide à ce que l'argent révèle de nous.


Martin Aylward nomme l'horizon possible avec un mot beau et juste : la "buoyancy" , la légèreté, la flottaison. Ce sentiment d'être porté·e, de ne pas devoir lutter contre le courant. C'est une relation à l'argent ancrée dans la gratitude et la présence, où l'on peut recevoir sans avidité, et donner sans se vider.


Oser demander un tarif juste est votre responsabilité : c'est une invitation à une relation équitable. C'est aussi, souvent, un signal envoyé à soi-même : je crois en ce que je fais. Je m'autorise à en vivre dignement.


5 questions pour explorer votre relation à l'argent


  1. Quelles émotions et quelles sensations dans le corps surgissent lorsque vous pensez à votre situation financière actuelle ?

  2. Quelle phrase ou croyance familiale sur l'argent a marqué votre façon de le gérer ?

  3. Reconnaissez-vous en vous l'avidité, l'aversion ou l'illusion : les trois poisons de Martin Aylward ?

  4. Dans quoi dépensez-vous facilement ou difficilement ? Dépensez-vous plus pour vous ou pour les autres ?

  5. Si votre relation à l'argent était plus légère, quels choix oseriez-vous faire différemment ?


Ressources pour aller plus loin :



Votre relation à l'argent mérite autant d'attention que votre stratégie. Si vous sentez qu'il y a quelque chose à dénouer, je vous propose un espace pour le faire en douceur, en profondeur.




 
 
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